Sénat de la République

Carl Murat Cantave pour le sacrifice de tous les mandats

Après la dernière tentative visant le vote de la déclaration de politique générale du Premier ministre nommé Fritz William Michel au Sénat de la République, le président du grand Corps sort de son silence ce mardi 8 octobre 2019 à travers son « message à la nation ». Dans cette sortie, le président Cantave se déresponsabilise dans la crise qui secoue le Grand Corps, blâme le président de la République et les sénateurs et finalement propose un dialogue où tous les mandats seront mis sur la table des discussions.

Publié le 2019-10-08 | Le Nouvelliste

Si l’on admet qu’en temps de crise, les frontières entre les fonctions des autorités de l’Etat deviennent de plus en plus poreuse, on peut se mettre d’accord pour désigner la dernière sortie du président du Sénat Carl Murat Cantave de « message à la nation ».

Dans ce message sur 12 pages et dont la lecture s’étend sur une vingtaine de minutes, le président du grand Corps, en bon Ponce Pilate, commence par se dédouaner de toute responsabilité dans la crise qui sévit au Sénat de la République. «…Le président du Sénat, comme beaucoup se plaisent à le répéter à tort, n’a ni camp, ni pôle. Il ne s’associe à aucun groupe, aucun bloc, aucune chapelle, aucune idéologie, aucune couleur politique. Il ne fait que faire son travail de président du Sénat au regard de la loi ».

Après avoir montré patte blanche la crise qui secoue sa propre maison, celui qui pourtant, on se le rappelle, n’a pas hésité à gifler son ancien collègue Steeven Benoit et à en faire l’éloge dans la presse, peut alors passer en mode de donneur de leçons. Il souligne pour les turbulents : « Le Sénat n’est donc pas un ring de boxe ni de lutte, il n’est pas un lieu de pugilat, voire un champ de bataille, il n’est pas un podium pour l’évolution des artistes de la musique, il n’est pas un espace pour le carnaval. Il n’est pas la rue ». Ainsi, en rappelant que « le Sénat est un cadre discutoire où les plus habiles emprisonnent le temps et charment les esprits par les qualités de leurs joutes oratoires », le président met à nu certains de ses collègues qui, sur ce point, se comportent plutôt comme des éléphants dans un magasin de porcelaines.

Après ce coup de balai dans son chez-soi, Carl Murat Cantave monte encore plus haut, en se fixant sur «  quelque chose qui quelque part disloque le fonctionnement du pays ». Selon le président du Sénat, il y a un malaise dans le pays et on ne peut pas continuer à jouer l’autruche à côté de ce « baril de poudre ». La cause de ce malaise ? Le peuple est « épuisé et essoufflé ». Les responsables ? « Nous tous », conclut aisément le président du Sénat qui constate que « les pécheurs d’hier se sont transformés en donneurs de leçons et en accusateurs aujourd’hui ».

A ce stade, Carl Murat Cantave appelle le président Jovenel Moïse à œuvrer en vue de couper court à cette pratique. Tout en étrillant le chef de l’Etat qui a pris « acte d’un acte que Carl Murat Cantave ne lui a pas donné », le président du Sénat  « recommande » au président de la République de prendre toutes les dispositions pour entamer « le dialogue, tout de suite et sans dilatoire ». Ce dialogue, selon Carl Murat Cantave, requiert un cessez-le-feu dans la guerre intestine afin qu’on puisse s’asseoir, discuter, négocier et s’entendre sur la direction à donner au pays pour les 25 années à venir. Le président du Sénat estime nécessaire que tous les mandats soient mis sur la table des discussions en vue de la réussite de ce dialogue, « l’unique et la seule planche de salut… ». Ainsi, il invite le président de la République, les sénateurs, les membres de la Cour de cassation et de la Cour supérieure des comptes à sacrifier leurs mandats, puisque  « seul le peuple a la légitimité aujourd’hui ».

Si Carl Murat Cantave est si catégorique aujourd’hui, c’est qu’il voit pointer à l’horizon « protectorat » qui sera une honte pour le pays ou encore le nez du « Blanc » qui viendra dicter la solution et l’orientation en vue d’une sortie de crise.

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